Beaucoup de petits canadiens ont appris la langue seconde à travers un manuel intitulé Conversation anglaise (ou française) à l'aide de l'image, au cours de leurs études primaires. Ce volume contenait vingt-quatre leçons, toutes illustrées par un tableau. Tableaux qui nous font aujourd'hui rêver à notre enfance idéalisée.
Ces manuels, en circulation au Québec de la fin des années 40 jusqu'au milieu des années 60 du XXe siècle, sont passés dans la mémoire collective sous le sobriquet de John and Mary going to school. Leurs images respiraient le bonheur et la sérénité des Fifties et nous apparaissent comme un retour nostalgique à un monde sans préoccupation.
Vous reverrez donc ces tableaux, chacun accompagné d'un texte qui n'a plus rien à voir avec l'apprentissage de la langue seconde. Mais, à bien y penser, John & Mary peuvent encore nous apprendre certaines choses qui étaient contenues dans ces tableaux, et pourquoi pas un destin antithétique?

lundi 27 juin 2011

Playing in the snow


PLAYING IN THE SNOW

La saison avançant, il était normal qu’un jour où l’autre, nous vîmes John & Mary jouer dans la neige. Le tableau 8 nous les présente, avec un ami, un cousin (?), en train d’équiper un bonhomme de neige qui ressemble plus au curé Labelle qu’au prototype classique des bonshommes de neige à trois boules superposées. Chapeau stetson sur la tête, Jean lui enfourche un balai dans le bras. On lui a mis ce qui semble être deux boutons pour les yeux, une pipe (celle de monsieur Martin?) et une paire de moustaches (espérons qui ne sont pas celles de monsieur Martin!). Le chien s’excite et, au pied du bonhomme, un amas de boules de neige. On devine que le prochain jeu ressemblera davantage à une guerre des tuques qu’à une farandole autour de bonhomme. En tous cas, il neigeait dans ce temps-là. Le ciel était gris de promesses d’autres chutes de neige tandis que le décor en est tout imprégnée, à la fois en étendu et en quantité. Des glaçons en stalactites pendent des toits des maisons et hangars. Mary tient la pelle, un traîneau et un toboggan font également partis de l’équipement. Même la rude saison est une période qui n’arrête pas l’activité de John & Mary.

Bonhomme de neige est un personnage plus anglo-saxon que francophone. Rusty the snowman a sa chanson du temps des fêtes, des dessins animés et des films 3-D qui racontent ses aventures. Dans l’iconologie actuelle, il représente plutôt un doublet de l’image des enfants, naïfs et généreux. Notre monsieur Bonhomme a le double des traits de M. Martin. Les moustaches, la pipe, les yeux noirs fixes et le chapeau sur la tête en font un doublet de M. Martin. Cette caricature de la figure du Père n’est pas innocente puisque c’est John qui lui plante le balai (signe du sceptre royal, de l’auctoritas paternelle) et Mary qui, donnant l’impression de s’essuyer le front après l’effort d’avoir pelleter toute cette neige, pourrait également donner l’impression de la saluer militairement de la main droite. Si les balles de neige lui sont destinées, ne serait-ce que pour abattre sa face ronde, la mise à mort de bonhomme pourrait signifier la manifestation d’un rite pour le moins inquiétant. Mais ne spéculons pas sur les «aftermaths».


L’hiver n’a jamais été ma saison favorite. Du moins pas avant le réchauffement climatique depuis une dizaine d’années qui diminue la quantité des chutes de neige en ville et la retenue de la chute du mercure. Dans ma jeunesse, disons au début des années soixante, l’hiver commençait avec la première bordée, au milieu novembre, et la neige restait au sol jusqu’au milieu de mars. Entre temps, les tempêtes se suivaient et il y avait rarement de redoux. Le mercure pouvait chuter, même le jour, à des -30º C. Neige pas neige, froid glacial ou pas, l’école, c’était sacrée …dans l’esprit de nos parents. De fait, tous les manuels scolaires s’extasiaient sur la beauté de la saison froide. Le soleil, toujours accompagné des pires froids de l’hiver, était le complément des tempêtes et des blizzards. Pour moi, c’était l’enfer sur terre. Je n’aimais ni la neige, ni le froid, ni ces vêtements lourds qui me pesaient sur les épaules, ni ces grosses bottes aux pieds. Le froid qui vous mord la peau du visage, qui vous fait larmoyer les yeux et transforme vos lobes en «oreilles de christ», dures et douloureuses au dégel.

Dès que la chaleur commençait à s’effacer, à la fin de septembre, et encore plus rapidement au mois d’octobre, je commençais à déprimer. Je me souviens d’un dimanche après-midi d’octobre, vers 1963, lorsque la température commençait à chuter, être sorti pour me promener sur le trottoir  de la rue Pinsonneault, à Saint-Jean-sur-Richelieu, où je m’étais amusé avec des amis durant l’été. Il n’y avait plus personne. La rue était désertée. La luminosité du soleil devenait hâve. Un suaire semblait prêt à envelopper le monde. La première neige n’était que l’occasion de me mouiller jusqu’aux os, l’humidité parvenant à traverser les deux à trois épaisseurs de vêtements que je portais. Des flaques d’eau, projetées sur nos vêtements obligatoirement propres par des automobilistes qui augmentaient leur vitesse pour arroser les «t’its culs», faisaient pleuvoir sur moi les cris d’exaspération de ma mère! Non, il y avait rien d’enchanteur dans la première neige, sinon les cartes postales et les cartes de Noël qu’on envoyait, par obligation, à des parents ou amis avec lesquels nos liens étaient plutôt distants.

Il y avait parfois des scènes qui, en effet, me réconciliait avec la beauté de l’hiver. Cette vieille maison de brique, au coin des rues Saint-Charles et Champlain, un soir que je la vis sous une rafale de neige, alors que les rues étaient éclairées par les publicités au néon, offrait un contrapostó nostalgique. Aujourd’hui, je savoure ces branches d’arbres du parc Baldwin, à Montréal, recouvertes de la première neige mouillée qui leur colle comme un vêtement, amplifiant les branches et formant des guirlandes étincelantes sous les rayons du soleil qui s’entrecroisent dans le ciel. Lorsque que commence la fonte, s’exerce, en effet, une magie que je ne voyais jadis que comme images de calendrier annonçant le mois de janvier et la nouvelle année. L’émerveillement de l’hiver, c’était à travers le tableau 8 ou encore cette image du manuel de Français des Frères Maristes inspiré de Pieds nus dans l’aube de Félix Leclerc que je le percevais. Aujourd’hui, je suis mieux en mesure de m’émerveiller par moi-même, surtout que les chaleurs humides de l’été mississipien que nous apprenons à apprivoiser me rend l’été insupportable. C’est comme si, approchant l’extrémité de ma vie, mon rapport avec les saisons s'était inversé. Est-ce moi qui vieillit ou le climat qui se renverse? Probablement, une coïncidence.

Il est vrai que l’hiver signifie généralement un engourdissement de la nature. La sève coule à peine dans les arbres, les animaux hibernent ou se recouvrent d’une toison plus épaisse. La surface des cours d’eau se transforme en croûte de glace et les poissons s’enfoncent dans les profondeurs de la rivière. Lorsque le froid était intense et que la rivière Richelieu n’était pas complètement gelée, on voyait s’élever des vapeurs d’eau sous le soleil. Des nuages, littéralement, qui recouvraient le pavé du pont Gouin de givre. À moins trente, pour être féerique, l’image n’en était pas moins difficile à soutenir pendant longtemps. Les humains aussi, normalement, devraient s’engourdir l’hiver venu. Mais les affaires font qu’il ne saurait en être question. Le froid, toutefois, a l’effet de renfermer les gens dans leur domicile, autour de la fournaise à gaz ou à huile, qui dégage des odeurs à vous soulever le cœur. De plus, le risque d’incendie était toujours plus grand en cette saison qu’en les autres. De graves incendies dont les photographies étaient reproduites dans les journaux avaient de quoi nous sidérer et nous effrayer. Je me souviens de cette photo où, d’une maison, ne restait que la cheminée plantée debout, tout le reste ayant été brûlé, calciné tout autour. Il y avait, en prime, ces immenses glaçons qui pendaient des ruines, les écrasant sous leur poids, l’eau des bornes fontaines et des tuyaux d’arrosage qui rendait la rue une véritable patinoire. Le pire cauchemar que nous pouvions faire en cette saison, c’était bien la crainte de l’incendie.

Il y avait bien le mois qui précédait Noël. Les magasins ouverts jusqu’à 9 heures tous les soirs les trois semaines précédant le jour tant attendu des enfants. Puis le dimanche précédant Noël, où nous dressions l’arbre de Noël, à vrai dire un sapin artificiel que l’on sortait et replongeait chaque année dans la même boîte; les vieilles figurines de plâtre blanc entremêlées de figurines coloriées, plus neuves, de la Sainte-Famille, des bergers et des rois mages; les petites maisons et l’église au clocher pour reproduire le petit village traditionnel sur de la ouate blanche; enfin les boules et les décorations de l’arbre. Tout ça sur fond de chicanes de famille. Mon père s’exaspérait et perdait patience et ma mère l’engueulait pour son incompétence. Vive l’heureux temps des fêtes! Pourtant, si mon père et ma mère formaient autour de moi un couple sans bonheur, ils n’oublièrent jamais de me donner à Noël les cadeaux que je demandais. Les pages de catalogues remplies d’illustrations de cadeaux ou les publicités télévisées, libres de diffusion à l’époque, nous proposaient toutes sortes de jouets, aussi coûteux les uns que les autres. C’était, tantôt des albums de Tintin, tantôt des figurines des personnages des dessins animés d’Hanna-Barbera, des jeux pour faire jouer toute la famille et qui s’achevaient, comme vous l'aurez deviné,  dans la chicane et les portes qui claquent. Décidément, l’hiver n’était pas ma saison. 

Il faut dire que l’hiver avait peu à voir avec cette atmosphère hystérique qui, à vrai dire, courait à l’année longue. Et ce n’était pas toujours ainsi tous les jours. Bien au contraire, c’était ça vivre à Peyton Place dans les années 50-60. L’hiver donnait l’occasion de mettre des fenêtres doubles, de sorte que les engueulades de famille parvenaient moins à l’oreille des passants. Voilà pourquoi l’hiver marquait également l’engourdissement des humains. Chaque famille se réfugiait derrière les portes closes et les stores baissées. À l’exception de la couronne sur la porte, je m’étais vu engueulé  une fois parce que j’avais mis des décorations aux fenêtres: il ne fallait pas attirer les regards. Comme se fondre dans la neige même qui s’amassait le longs des murs extérieurs, il fallait disparaître comme des ours dans leur grotte. L’hiver, et même Noël, en dehors des rues commerciales, était propice à des paysages gris, ternes et funèbres.
Rien ne m’est jamais apparu aussi proche du néant, non la porte noire de la sacristie de l’église où va la famille Martin, que le ciel grisâtre à perte de vue durant l’hiver et surtout lorsqu’arrive le dégel, au mois de mars. Ce gris qui, uniforme, surplombe, comme un manteau inquiétant, le toit des maisons, le faîte des arbres, et se perdant jusqu'à la ligne d’horizon. Et ce que ne montre pas le tableau 8: le sable et les sels que la voirie distribue sur les routes et les trottoirs pour en amoindrir la couche glissante. Toute la neige au sol se transforme bientôt en un mélange boueux. Je me souviens, j’avais six ou sept ans, avoir eu la jambe prise dans l’un de ces bancs de boue et que je ne pouvais retirer, au milieu du boulevard Gouin. C’était tout simplement dégueulasse.

Bien sûr, ceux qui aiment les sports d’hiver où les activités en plein air ne pourront que récuser le choix des mauvaises images que j’ai conservées de l’hiver. C’est ainsi. À eux d’en écrire pour faire l’apologie de la saison froide en rappelant la chanson
Mort de François Paradis par Clarence Gagon 1932
de Vigneault. Moi, elle ne me convainc pas. L’hiver, c’est la saison dure. Celle où meurt François Paradis, symbole de l’amour authentique dans Maria Chapdelaine de Louis Hémon. François mort, la fille Chapdelaine n’aura plus qu’à se résigner à épouser le cultivateur, clone de son père, et passer une vie à l’image de celle de sa mère; un amour raisonnable: la portée annuelle, le travail ingrat, la couvée domestique jusqu’à la fin de ses jours, pour le meilleur et pour le pire. Le torchon avait trouvé sa guenille à travers une tragédie d'hiver, et le rêve romantique était enfoui, quelque part en haut, sous les neiges et  le froid. Cette histoire triste à mourir et «bête à manger du foin, c’est dommage car je ne l’aimais point», pèse sur notre littérature comme un fardeau de conscience.

Il faut lire ce qu’en dit Margaret Atwood dans son étude, Survival - Essai sur la littérature canadienne - pour comprendre combien les vastes terres chantées dans la version anglaise de l’hymne O Canada, ne méritent pas qu’on se permette tout pour ça. L’auteur fait mention du poème de Earle Birney, David, qui, sans le rôle romantique de François Paradis, apparaît comme le héros type de la Nature …en hiver, bien sûr: «En apparence, écrit Mme Atwood, il s’agit de deux jeunes alpinistes partis escalader un nouveau pic appelé “Le Doigt”. Arrivé au sommet, le narrateur glisse, son ami David essaie de le rattraper, mais tombe à son tour sur une corniche. Le narrateur descend jusqu’à lui et le retrouve écrasé mais toujours vivant. Sur l’insistance de David, il le pousse par-dessus la corniche. Celui-ci atterrit à six cents pieds plus bas, sur de la glace. La mort de David est de toute évidence une sorte d’accident dont toute la responsabilité revient au narrateur. Celui-ci a provoqué la chute de David par sa négligence (il n’a pas vérifié ses prises de pieds) et, plus directement, l’a poussé. […] Après l’accident, le narrateur dit: “Au-dessus de nous s’élevait la dernière jointure du Doigt/Faisant signe, morose, au vaste ciel indifférent”…»(1)  Ce ciel, ce ciel gris, voilà ce néant atmosphérique dont je parlais plus haut.

La littérature québécoise n’est pas en reste des sentiments tristes liés à l’hiver. À titre d’exemple, prenons André Langevin et son roman, Poussière sur la ville, «où la tristesse et le dégoût dévorent les deux personnages principaux, a comme décor une neige salie par l’amiante et dans laquelle on patauge. La grisaille tombe sur Macklin [Thetford Mines], comme elle imprègne les âmes de Madeleine et d’Alain. Il n’y a pas de chapitre où il n’y ait quelque allusion au temps et toute l’action du roman se situe en hiver. Quelquefois, le personnage se trouve dehors dans la poudrerie et il semble alors plus seul et plus abandonné. Quand, parfois, la neige qui couvre le sol n’est pas souillée, le paysage prend une apparence lunaire, sinistre. La nature est cruelle, sans pitié, comme la vie».(2) Lorsque le roman fut adapté au cinéma (1967) par Arthur Lamothe, le réalisateur a fort bien su traduire l’atmosphère littéraire par la photographie du paysage et insérer, au milieu du film, les séquences prises sur le vif d’un incendie qui avait court au moment du tournage.

Nous voici loin du tableau 8. Certes, des poètes et romanciers ont voulu et su donner de l’hiver une image plus conforme à celle de Playing in the snow. L’humeur mélancolique de vieux dinosaures comme moi ne doit pas laisser supposer que les Québécois (ou les Canadiens) n’ont toujours vu dans l’hiver qu’une saison funèbre. Je l’ai dit, les joies de l’hiver, les promenades - en sleigh comme en skidoo - font parties des plaisirs de la jeunesse. Pour les autres, il y a la raquette, le ski en montagne ou le ski de fond, la luge et le toboggan, comme dans le tableau. Les enfants adorent se rouler dans la neige, faire des anges en battant des bras étendus sur le dos, construire des igloos ou faire des bonshommes de neige. Une ambiance parfois bon enfant se dégage de cette saison. J’en ai pour expérience un moment de l’hiver 1969. J’étais élève alors dans un annexe de l’école Notre-Dame-de-Lourdes d’Iberville, un annexe surnommé le poulailler (pour son aspect architectural et qui devait finir usine Mondor) où je passais ma huitième année (ma première année secondaire). Notre professeur d’anglais était Mlle Hébert, une belle grande blonde aux longues jambes qui nous faisait jouer, dans le mois de décembre, au moment où le ciel était gris et la neige abondante, des disques de crooners américains chantant Noël. De Bing Crosby à Frank Sinatra, nous chantions avec eux, suivant les paroles sur des feuilles, Here’s come Santa Claus, The little Red Nosed reindeer, White Christmass, Holy Night et Frosty the Snowman… Je regardais par la fenêtre la neige qui tombait et notre mauvaise petite chorale, qui accompagnait les chansons du disque, semblait être une parodie des chorales chantant les chants sacrés à la messe de minuit (célébration à laquelle j’ai rarement assisté, sauf une fois à la chapelle catholique du Collège Militaire Royal où travaillait mon père).

L’hiver, avec ses fêtes et ses sports comme avec sa tristesse et son engourdissement, m’apparaît aujourd’hui comme la saison de la mélancolie et de la nostalgie de l’enfance …et peut-être tout cela dépend-t-il du type d’enfance qu’on a vécu. John & Mary ont vécu une belle enfance, et c’est pour cela que l’hiver évoque pour eux les bonshommes de neige et les parties de hockey, les cadeaux déballés sous le sapin et les repas pris en famille. On se plaint aujourd’hui que Noël a perdu son fond spirituel pour être commercialisé par le méchant capitalisme. Il faut bien l’admettre, dans un monde matérialiste et cynique comme le nôtre, l’amour se mesure à la grosseur des dons et au prix des cadeaux. Le reste, c’est de l’hypocrisie sociale. Perrichon et Harpagon réunis, les guignolées du temps des fêtes ne sont pas là pour les pauvres, dont on fait véritablement peu de cas dans leur condition existentielle, mais pour «sauver notre âme» de notre propre jugement et du sentiment de culpabilité qui s’en dégagerait si on comparait notre lâcheté et notre paresse quotidienne face aux misères de l’humanité. Se souhaiter Joyeux Noël et Bonne Année, comme dans la leçon qui accompagne le tableau 8, c’est devenu un rite dérisoire. Mieux vaut que la bière coule à flots et qu’on fasse des indigestions de dindes et de tourtières mal décongelées. La salmonellose à Noël, il n’y a que ça pour nous rappeler que l’hiver n’est pas la saison des rigolades.

Ca y’est, je retombe dans mon penchant mélancolique et négatif. Décidément, je suis incorrigible. Mais à cinquante-six ans, il est difficile de se refaire une enfance, aussi difficile que pour une septuagénaire de se faire remonter pour la sixième fois le masque. Dans le fond, l’historicité qui maintient ensemble le Canada, au-delà des deux solitudes, c’est cet ennemi commun: l’hiver. De l’Atlantique au Pacifique, en montant du 45e parallèle après lequel nous semblons tous nous accrocher plutôt que d'émigrer vers le nord, sauf pour y travailler et y revenir une fois les forêts coupées à blanc, les barrages construits sur les rivières, les cratères lunaires creusés au forage pétrolier et gazier et des ports de ravitaillement bientôt parsemés sur l’Arctique déglacé, nous nous échangeons constamment nos mains-d’œuvre, nos compétences, nos talents. Seul le cocon culturel semble nous isoler les uns des autres, bien que le tégument soit de moins en moins étanche face à la mondialisation culturelle opérée par les États-Unis. Nous nous américanisons et dans le même mouvement, notre Kultur, canadienne ou québécoise, se délaye pour faire de nous des Américains parlant anglais ou français.

Ce qui nous reste du tableau 8, Playing in the snow, sans vouloir répéter les lieux maintenant devenus communs de l’innocence et de l’insouciance, c’est combien l’hiver reste un arrière-fond québécois et canadien, une joie ou une souffrance partagée en commun, que seuls les habitants du centre-ouest des États-Unis peuvent, semblablement, partager avec nous - et ce ne sont pas là TOUS les États-Unis. L’enfance heureuse de Mary & John contrastait avec la mienne, sans doute, et n’ont-ils pas retenu de l’hiver la même impression que moi. Mais cela reste, dans le genre, une très belle carte de Noël.

Notes.
  1. M. Atwood. Essai sur la littérature canadienne, Montréal, Boréal, 1987, p. 56.
  2. P. Collet. L'hiver dans le roman canadien français, Québec, P.U.L., Col. Vie des lettres canadiennes, #3, 1965, p. 228.
Montréal
27 juin 2011

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